Tiers-lieu : couteau suisse de l'action publique ?

unnamed.jpg

Cette année, le Lab Ouishare x Chronos a clôturé son exploration Mille Lieux, dont l’objectif était d’objectiver l’impact des tiers-lieux sur les territoires. La récente annonce du plan gouvernemental “Nouveaux lieux, nouveaux liens” a fourni l’occasion de se pencher à nouveau sur le sujet. Le programme vise à encourager la création de tiers-lieux, en débloquant investissements et subventions, tout particulièrement à destination des territoires ruraux et quartiers prioritaires de la ville. Pour quels résultats ?

Pour rappel, le tiers-lieu est un terme générique pour désigner des espaces qui se sont considérablement développés ces dernières années (makerspacesfablab ou encore jardins partagés…). Quelles que soient leurs formes, ce sont des espaces de transmission “des savoirs et des cultures”, qui enclenchent les rouages de l’intelligence collective sur un territoire.

“ À l’origine, quand on a lancé le fablab, on s’est rendu compte qu’il y avait énormément de bidouilleurs et de bricoleurs sur le territoire. Mais il leur manquait un lieu pour se retrouver, échanger, discuter [...] Avant l’arrivée du tiers-lieu, le monde associatif ne rencontrait pas le monde professionnel et entrepreneur. Quelque part, on est un peu le chaînon manquant entre des publics et des écosystèmes qui ne se parlent pas entre eux.”

Simon Laurent, coordinateur du tiers-lieu Les Riverains.

Verbatim extrait de l’exploration Mille Lieux

Pour l’Etat, les tiers-lieux “épousent les évolutions les plus récentes de nos sociétés”, grâce à leurs offres de formations au numérique, à leurs recherches de solutions économes et environnementales, aux nouvelles sociabilités et nouveaux rythmes de vie qu’ils rendent possible... De ce fait, il s’agit d’un outil permettant d’agir sur une grande diversité de secteurs : de la transformation numérique à l’accès à l’emploi et à la formation, en passant par l’accès à la culture et aux services publics. L’objectif global du plan relève finalement d’une politique de cohésion territoriale, qui vise à mailler les territoires en services au public. La volonté du gouvernement d'investir dans ces espaces tiendrait alors de leur fonction couteau-suisse, fonction sur laquelle il souhaite s'appuyer tout en l'amplifiant.

D’une certaine manière, cette agglomération de fonctions procède de la désectorisation des politiques publiques. A titre d’exemple, formation au numérique et accès à la culture pourraient servir l’une à l’autre, mais les acteurs dont ces services relèvent travaillent rarement ensemble. Les tiers-lieux leur donneront peut-être l’occasion d’oeuvrer de concert sur les territoires.

Néanmoins, l’outil incarné par les tiers-lieux n'est pas un remède miracle pour les territoires, comme l'a suggéré l'exploration Mille Lieux :

“Il est temps d’en finir avec la pensée magique qui entoure la notion de tiers-lieu. Non, un fablab ou un espace de coworking ne vont pas, à eux-seuls miraculeusement, revitaliser un centre-ville sinistré depuis dix ans ou relancer des filières économiques disparues depuis plus longtemps encore. Lui assigner ce genre d’objectifs irréalistes est le meilleur moyen de donner naissance à une coquille vide.”

Samuel Roumeau, Faire confiance : ces lieux à l’avant-poste d’un nouveau projet de société, tribune publiée en mai 2019

On peut alors espérer du plan “Nouveaux lieux, nouveaux liens” qu’il apporte des moyens financiers à la hauteur et qu’il incite les collectivités à lancer les initiatives. La question suivante est celle des conditions dans lesquelles les tiers-lieux, très souvent d’initiative citoyenne et faiblement institutionnalisés, peuvent être initiés par des collectivités… Affaire à suivre, dans une prochaine publication.