Bientôt des taxis amateurs pour désenclaver nos campagnes ?

Elisabeth Borne s'était engagée dans son discours de clôture des Assises de la mobilité à ce que la future loi sur les mobilités participe au désenclavement des “déserts de mobilité”. Outre le soutien au covoiturage, le Ministère des Transports plancherait sur un nouveau statut de "taxi amateur" qui offrirait la possibilité à des particuliers de s'improviser chauffeurs en transportant des passagers en échange d'une rémunération (sans avoir à passer de formation). 

Cette pratique, si elle est autorisée, nécessitera bien évidemment un encadrement strict, actuellement à l'étude. Le gouvernement envisage notamment que les autorisations soient délivrées par la commune sur présentation d'un permis de conduire valide, d’une assurance véhicule à jour et d'un casier judiciaire vierge, qu'un plafond annuel de rémunération soit fixé et que le statut de taxi amateur soit effectif seulement dans les zones rurales qui ne sont pas ou insuffisamment desservies par les transports en commun afin de ne pas constituer une concurrence aux autres modes. 

Malgré ces précisions, la perspective est loin de ravir les professionnels du secteur. Ceux-ci la perçoivent comme une concurrence déloyale (y compris du côte des chauffeurs VTC qui doivent désormais passer des épreuves pour obtenir le droit d'exercer). Pour le gouvernement, l’objectif n’est pas de "créer de la concurrence mais d’apporter des réponses là où il n’y en a pas". Ce nouveau statut doit permettre d'organiser et favoriser le développement de pratiques, déjà existantes, relevant du "système D”, en augmentant le nombre de chauffeurs. Le développement d'une plateforme d'intermédiation, facilitant leur mise en relation avec les passagers, est également envisagé. 

Cette mesure doit permettre de faciliter l’accès à la mobilité des individus et notamment des publics précaires. Elle s'apparente en cela à une solution de mobilité inclusive. En revanche, rien ne nous dit pour l'instant qu'elle constituera une solution de mobilité durable puisqu'elle n'induit pas nécessairement une réduction de la dépendance à la voiture individuelle dans ces territoires. On ignore pour l'instant si le gouvernement a prévu des mécanismes d'incitation afin de favoriser le covoiturage, la mutualisation des trajets entre les individus mais également la combinaison avec du transport de marchandises. A l'image du Japon, par exemple, où dans certaines contrées rurales particulièrement isolées, les retraités assurent à la fois le transport de passagers et de produits agricoles, ainsi que les services de livraison à domicile, face à la pénurie de chauffeurs.