Réguler les trottinettes électriques en libre-service

Alors que la ville de Paris, en attendant la future loi d’orientation sur les mobilités, a pris plusieurs mesures pour verbaliser les abus, délimiter le stationnement, responsabiliser les opérateurs et réguler la flotte en circulation, quelles sont les différentes actions engagées par d’autres municipalités ?

Tandis que certaines villes tentent d’interdire l’occupation illégale et l’usage de ces engins électriques (Seattle, Austin, San Diego aux Etats-Unis), des municipalités ont choisi de réguler la douzaine de plateformes qui se font concurrence en introduisant des permis et par là même interdisant certaines marques de s’implanter dans leur municipalité. C’est le cas de Madrid qui n’a pas accordé l’autorisation d’opérer à 3 compagnies au motif qu’elles n’informaient pas assez les usagers aux restrictions de circulation. En août 2018, San Francisco a aussi fait le choix de n’autoriser que deux petites sociétés à se développer dans la ville (Scoot et Skip).

Néanmoins, certaines entreprises tentent de contourner ces interdictions en proposant un nouveau modèle économique fondé sur la location de trottinette électrique au mois. Alors que Barcelone refuse l’implantation du marché des trottinettes électriques dans ses espaces publics, l’entreprise de free floating Bird (également de retour à San Francisco) s’y développe grâce à son système de location de longue durée.

Les règles d’utilisation de ces engins dans l’espace public diffèrent d’un pays à l’autre. Les trottinettes électriques sont autorisées dans les rues à 30 km/h de Madrid et sur les pistes cyclables tandis que leur usage est interdit sur les trottoirs et les rues piétonnes. A l’inverse, l’Allemagne autorise leur circulation sur les trottoirs et les zones piétonnes sans dépasser les 12km/h.

Jusqu’à très récemment, les trottinettes électriques n’étaient pas légales en Allemagne, leur utilisation n’étant pas prévues par les législations encadrant les transports. Elles sont désormais autorisées et présentées par le Ministre des transports, comme un nouveau mode de déplacement permettant de réduire la pollution de l’air. A l’inverse, le Royaume-Uni reste très vigilant et offre des conditions d’usage très restrictives. Ces engins sont interdits de circulation sur les routes et les trottoirs. De plus, le pays les considère comme des véhicules électriques, qui ont alors obligation d’être enregistrés au Département des Transports, nécessitant une assurance, une licence et le port obligatoire du casque.

Au delà de la seule régulation de la présence et de l’usage de ces engins, leur dégradation (qui a également touché le marché du vélo en free floating) représente un enjeu environnemental, non pris en compte par les municipalités, et pose la question de la gestion des espaces et des biens communs.  Pour Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d’économie en 2009, le succès de la gestion en commun est avant tout une question de gouvernance. En complément des modes de régulation envisagés, il faudrait aussi questionner l’absence d’un cadre de discussion collective sur les usages des espaces urbains et s’interroger sur des nouveaux modèles de gouvernance. Pourquoi ne pas envisager, par exemple, une gestion par des communautés d’utilisateurs qui puissent s’organiser collectivement ?