Recette (non-exhaustive) du bonheur urbain : saupoudrer de relations sociales et garnir d'espaces verts 

Les cabinets en charge des classements mondiaux des villes s’intéressent de près au “bonheur”, critère d’attraction pour les cadres d’entreprises. Mais que cache cette notion de “bonheur en ville” ? Le classement Mercer de 2019 place la variable “relations économiques et commerciales” (qualité des relations commerciales internationales entre le pays et ses partenaires) en première position pour juger si une ville rend heureux ou non…

Au contraire, dans l’article “Une ville déprimante” de la revue Urbanisme, la santé mentale des habitants constitue le critère déterminant du “bonheur en ville”, alors même que le champ de l’urbain est traditionnellement associé à l’image de la ville pathogène, génératrice de stress et d’isolement. Selon le journaliste Morgan Poulizac, deux domaines ont un fort impact sur la santé mentale urbaine : favoriser la création et le maintien de liens sociaux tenaces et encourager la fréquentation d’espaces verts. Dès lors, il s’agit de questionner la capacité des villes à mettre en oeuvre des projets et politiques publiques garants de ces deux fondamentaux.

En France, les villes n’ont pas de compétences en santé publique. Néanmoins, elles possèdent la compétence de l’urbanisme, et c’est là que la connexion s’opère entre cité et santé. Dans son livre Happy City, Charles Montgomery s’attarde sur la ville périphérique Mountain House, où l’American dream a été poussé à son paroxysme : dans cet espace monofonctionnel et “tout-automobile”, la forme et les fonctions de la ville empêchent les habitants de se rencontrer. Parallèlement, l’ouvrage mentionne plusieurs études ayant prouvé que les troubles mentaux sont plus fréquents dans les voisinages avec des liens sociaux ténus. Afin de favoriser ces derniers, l’autorité publique doit donc ”envisager la densité avec habileté”, mais également réduire la dépendance à la voiture en promouvant les modes actifs et créer des quartiers aux fonctions mixtes.

Une autre manière de favoriser les liens sociaux rejoint la seconde recommandation de Morgan Poulizac : favoriser les espaces verts. L’Observatoire des villes vertes indique que la proximité d’un espace vert “réduit la prévalence de nombreuses maladies”, car il encourage l’activité physique, crée des espaces de respiration et de rencontres. En plus d’aménager des espaces verts, certaines villes investiguent de nouvelles formes de  politiques publiques. Grenoble, Paris et Montréal encouragent ainsi la végétalisation de leurs rues et la création de jardins partagés. L’évaluation du projet “Ruelles vertes” à Montréal montre que les rues végétalisées poussent à la création de projets entre voisins. Plus récemment, les villes se sont mises au numérique pour encourager la fréquentation des parcs, via le monitoring végétal et/ou des expérimentations pilotes avec des objets connectés.

Cependant, ces politiques liées à la ville heureuse présentent un risque de gentrification. Une ville favorable aux modes actifs, petits commerces et espaces verts, constitue en effet un lieu de choix pour les cadres et les fameuses “classes créatives”, ce qui contribue à augmenter le prix du foncier dans les villes. Afin d’éviter de reléguer les habitants moins aisés en périphérie “déprimante” (auxquelles les mêmes recommandations peuvent par ailleurs s’appliquer), les villes doivent compléter leur action par des politiques de l’habitat - favoriser les logements sociaux et lutter contre la spéculation foncière par exemple.