Quel sera le nouveau contrat social 4.0?

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Avant le déploiement national en 2020 du “Social Credit System” qui déterminera l’admissibilité de chacun à un emploi, à un logement, à l’accès à certaines écoles pour les enfants, etc., le gouvernement chinois adopte une approche de veille et d'apprentissage en autorisant huit entreprises privées à jouer ce rôle parmi lesquelles figurent les géants de l’Internet, Alibaba et Tencent. Ces grandes entreprises du numérique, qui ont su profiter de la faiblesse du système bancaire classique, sont devenus des acteurs du système assurantiel et bancaire en généralisant la dématérialisation des moyens de paiement à travers le pays. C’est dans cet écosystème qu’une filiale d’Alibaba, Sesame Credit, propose désormais ses services de notation des citoyens calculée selon différents paramètres : capacité à tenir les engagements commerciaux, comportement sur les réseaux sociaux, préférence de consommation, respect du code de la route, etc. Ce système séduit déjà des millions de citoyens chinois grâce aux services et avantages offerts pour ceux qui se montrent dignes de confiance. Des scores élevés sont même devenus un symbole de statut social puisque certains participants vantent déjà leurs scores sur Weibo (l'équivalent chinois de Twitter). Bien qu’opéré par des entreprises privées, le social credit, perçu comme ludique par une partie de la population, sera bien sous contrôle gouvernemental.

Au Canada, c’est un autre modèle de surveillance qui émerge à travers le projet de “ville Google” à Toronto. Sidewalk Labs, la filiale consacrée à l’innovation urbaine de la maison mère de Google, Alphabet, développe un nouveau quartier intelligent baptisé Quayside. Cette smartcity suscite l’inquiétude quant à sa position sur la confidentialité, la propriété et la gouvernance de la donnée. Des membres du gouvernement de l’Ontario, demandent davantage de garanties et de transparences vis à vis de la protection des données. Pour répondre à cela, Sidewalk Labs et Waterfront Toronto - l’autorité qui réunit le gouvernement canadien, la province de l’Ontario et la ville de Toronto pour financer et porter le projet - ont récemment présenté un début de proposition sur la gouvernance numérique. Sidewalks annonce que les données urbaines (les informations d'origine collectées dans un lieu physique de la ville) qui contiendront des renseignements personnels, seront sous le contrôle  d’une autorité civique (un Civic Data Trust) indépendante guidée par une charte garantissant une collecte et un usage « bénéfique pour la communauté, protégeant la vie privée et stimulant l'innovation et l'investissement ». Ces propositions mettent en exergue leurs objectifs d’une meilleure gestion de la ville et d’un quotidien amélioré mais restent imprécises quant aux libertés individuelles des habitants. Le gouvernement canadien est-il prêt à laisser Alphabet agir dans ce flou et émousser une partie de son autorité en échange de retombées financières du projet ?

  Dans un nouveau monde numérique où nos actions viennent à être suivies, marquées, tracées, influencées et parfois même jugées, les libertés de chacun pourraient être subordonnées à un contrôle des comportements urbains déterminé par des algorithmes.