Marche urbaine et participation: vers une co-construction de l’espace urbain

Plusieurs villes européennes et nord-américaines mettent en place des politiques publiques et des aménagements pour offrir davantage de place dans l’espace public aux usagers, souvent sous la forme de « Plans piétons ». (Plan piéton de Paris, Plan piétons de Strasbourg, Plan Iris 2 à Bruxelles, Charte du piéton de Montréal, Plan piétons des chemins pour piétons à Genève). Au delà de ces documents d’actions relevant d’initiatives politiques, la participation citoyenne peut être un moyen de renforcer et/ou compléter ces politiques publiques.

Dès le XIXème siècle, architectes et urbanistes participationnistes, tel que Patrick Geddes, se préoccupent de l’importance de faire participer les citoyens au projet urbain en considérant la marche comme un outil pour les concepteurs de projet, comme un instrument de compréhension et de conception de la ville. Dans cette démarche, le citadin marcheur devient alors co-constructeur de la fabrique de l’espace public, en diagnostiquant et concevant l’espace urbain auprès des professionnels. C’est la voie suivie par Piéton Québec, organisme qui cherche à valoriser la marche comme mode de déplacement et qui insiste sur l’importance du piéton dans la planification de la ville. Sustrans, association britannique de mobilité durable, valorise aussi l’usager pour inciter à une modification des pratiques de déplacements. A travers l’action « DIY Streets », l’association encourage les habitants à s’approprier leur espace public de proximité par la pratique piétonne. En devenant acteurs du design urbain de leur quartier, les habitants créent des sociabilités de voisinage tout en sécurisant leurs déplacements.

Dans le même temps la conception d’espaces publics de qualité par et pour les citoyens peut permettre de favoriser la marche en ville. Les projets des budgets participatifs, dispositifs encouragés par les pouvoirs publics, révèlent la volonté des citadins et usagers d’être dotés de quartiers aux parcours apaisés et de qualité. De nombreux projets votés dans le cadre du budget participatif de la Ville de Montreuil en 2015 proposent ainsi de piétonniser des places et des rues, d’installer des ralentisseurs pour sécuriser les passages piétons ou de faire des travaux sur les trottoirs.

La marche urbaine présente tout autant de qualités bénéfiques à la ville et ses quartiers qu’aux citoyens, habitants et usagers. Ces derniers, en étant impliqués dans les dispositifs participatifs d’aménagement et de conception de leur environnement de vie, participent à favoriser la pratique de la marche. Développer des initiatives collaboratives entre de multiples acteurs; acteurs publics-citoyens, acteurs privés-citoyens, présente ainsi des avantages pour la réussite des aménagements piétons et de la pratique piétonne.