Le consentement à payer dans la ville servicielle

Payer plus cher une course en Uber lorsque votre niveau de batterie est faible ? Le magazine économique américain Forbes publiait fin mars 2019 un article à ce sujet. Grâce à sa plateforme de machine learning développée en 2015, Uber peut proposer des prix différenciés à chacun de ses usagers, en fonction de différentes variables telles que la localisation, le moment de la journée, le trafic lié à des événements particuliers (nouvel an, grèves dans les transports…), ainsi que les expériences passées de l’usager sur la plateforme via l’application mobile.

Isabelle Barraud Serfaty, Clément Fourchy et Nicolas Rio sont à l’origine d’une étude sur les nouveaux modèles économiques urbains, dans laquelle ils étudient notamment les mécanismes permettant aux opérateurs de faire varier le prix en fonction du moment et du consentement à payer. Si la tarification en temps réel fait partie depuis longtemps des  stratégies des compagnies aériennes et ferroviaires, de location de voiture, ou encore des hôtels, elle s’est développée de plus belle avec la révolution numérique, qui reconfigure alors les mécanismes économiques existants en permettant aux opérateurs d’accumuler le maximum de données sur l’usager, pour mieux le connaître et prévoir ses attentes.

Cette même révolution numérique reconfigure alors le rôle de la collectivité en tant qu’acteur public. Au delà de son rôle dans la planification des infrastructures ou la délégation de services à des exploitations, la collectivité doit, dans ce contexte, endosser un rôle “d’autorité organisatrice à l’ensemble des services urbains” pour assurer les trois principes fondamentaux du service public : égalité, continuité et mutabilité.

Il s’agit de ne pas laisser de côté une partie de la population n’ayant pas recours à ces usages, de maintenir la performance des services en cas de défaillance d’un des acteurs de ces nouveaux services tout en veillant à un équilibre entre opérateurs existants et nouveaux entrants. La collectivité pourrait alors réguler la différenciation des services entre les profils d’usagers et en fonction des prix, et conserver des offres pour qu’il y ait toujours des solutions de substitution