Faire ou ne pas faire : de l'impact des makerspaces

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Dans son essai Eloge du carburateur,  Matthew Crawford montrait comment le double mouvement de survalorisation des tâches intellectuelles (par opposition aux travaux manuels)  et de division du travail en tâches simples et répétitives a pénalisé les travailleurs, en les déconnectant du résultat de leur travail et en les privant des satisfactions qui accompagnent la concentration et le tâtonnement inhérents à la fabrication manuelle.  

Le développement du mouvement des “makers” peut s’assimiler à une alternative contre cet état de fait, dans un marché du travail de plus en plus difficile à intégrer et dont les emplois manquent parfois de sens. C’est l’une des idées développées par Isabelle Berrebi-Hoffmann, Marie-Christine Bureau et Michel Lallement dans leur livre Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social (Le Seuil, 2018). Ils décrivent les hackerspaces et les fablabs(deux modèles organisationnels, nés respectivement à partir des années 70 et des années 2000, mais issus de la même tradition du “Do It Yourself”) comme des espaces de "débrouille" et de réinvention de soi, dans lesquels expertises et savoir-faires se croisent et s’enrichissent. 

Pour Nicolas Bard,  fondateur d'Ici Montreuil, ces lieux ont également un fort impact positif sur le territoire qui les accueillent. Plus qu’un rassemblement d’individus, il décrit les makerspaces comme un outil de développement économique, attirant fournisseurs, clients et curieux. En permettant de valoriser les compétences des habitants et l’échange d’informations, ils sont aussi un vecteur de lien social. 

Dans leur observatoire du “Faire” (2017) L’ObSoCo et la MAIF confirmaient l’attachement des français aux activités manuelles et créatives (93 % des français ont pratiqué au moins une fois sports, jeux de société, jardinage l’année passée). L'étude soulignait  cependant une tension entre l'intérêt des français pour ces activités et leurs pratiques réelles. Alors que Nicolas Bard soulignait que "l'envie de "faire" n'est pas un hobby" mais plutôt une nécessité, le déploiement de makerspaces pourrait-il permettre d'encourager les citoyens à se lancer dans ces activités ?