Facebook comme outil de mobilisation sociale

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Fin novembre, Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication et auteur du blog affordance.info, publiait un article fleuve sur les Gilets jaunes, mouvement “incubé” sur Facebook. Comme l’explique Vincent Glad, cité dans l’article, cette mobilisation a été favorisée par un changement récent dans l’algorithme qui classe les informations apparaissant dans le fil d'actualité du réseau social. En janvier, Mark Zuckerberg avait annoncé vouloir recréer du lien et de l’engagement politique et social, en y donnant la primauté aux contenus produits par des proches ou des membres des mêmes groupes Facebook, par rapport aux contenus postés par des journaux ou des chaînes TV. Rappelons qu'il s'agissait (surtout) d'un moyen d'encourager l'engagement des internautes sur la plateforme, et donc ses revenus publicitaires. Cet “algorithme des pauvres gens”, formule utilisée par Ertzscheid pour décrire la surexposition des interactions, a pu faciliter la constitution de mouvements populaires. Dans ce contexte, les modérateurs de groupes Facebook apparaissent comme de nouveaux intermédiaires politiques, “prospérant sur les ruines des syndicats, des associations ou des partis politiques”, analyse Vincent Glad.

L'article, qui porte plus généralement sur les pratiques numériques des Gilets jaunes, est l’occasion de réfléchir au rôle (très débattu) de ce réseau social dans la genèse des mouvements sociaux, une question au moins aussi ancienne que les printemps arabes de 2011.

L'été dernier, des chercheurs de l'université de Warwick ont publié les résultats d'une étude visant à déterminer ce qui avait pu influencer 3335 attaques sur des réfugiées ayant eu lieu en Allemagne en l'espace de deux ans. Toutes choses égales par ailleurs, la seule variable semblant entretenir un lien de causalité avec les attaques était la fréquence d'utilisation de Facebook. L'hypothèse de l'article est que la plateforme encourage le partage de contenus "émotionnels" et viraux, qui donne l'impression aux internautes d'un mouvement populaire anti-réfugiés, et encourage les attaques réelles. Il s'agit là d'une caractéristique inhérente au modèle économique de la plateforme : si Facebook privilégie les contenus viraux c'est parce que son revenu (essentiellement des publicités) et sa cotation boursière dépendent du nombre de likes/vues/partages, c'est à dire de la portée et de l'engagement par rapport au contenu.

Si les réseaux sociaux facilitent l'émergence de mouvements sociaux horizontaux là où les corps intermédiaires n'arrivent pas à interpeller/interpréter le peuple, ou bien lorsque le spectre d'expression politique est contraint, ils peuvent également promouvoir des positions radicales. "J'ignore si le vert qui naîtra de l'union des Gilets Jaunes et de la plateforme bleue sera celui de l'écologie ou de la rage" conclut Olivier Ertzscheid. Il apparaît tout aussi important de déterminer le rôle joué par les réseaux sociaux dans la diffusion d’informations, et l’impact de celle-ci sur la naissance de mouvements politiques et sociaux... et sur la démocratie.