Et si on arrêtait de parler de "fracture numérique" ?

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La dématérialisation croissante des démarches administratives désoriente la majorité de la population (56 % selon un sondage BVA pour le Digital Society Forum). Pour les personnes qui cumulent difficultés socio-professionnelles et difficultés dans l’utilisation des solutions numériques développées par les acteurs institutionnels, elle crée le risque d’une double exclusion : exclusion socio-professionnelle, et exclusion de l’accès à leurs droits.

Politiques, associations et médias tirent la sonnette d’alarme sur la “fracture numérique”, dangereuse pour la cohésion sociale. Or cette notion de “fracture numérique”, classant les populations entre inclus et exclus, est peu pertinente pour rendre compte de la diversité des situations des 14 millions de français qui se déclarent en difficulté avec le numérique (selon une enquête de France Stratégie). Comme le rappelait Jacques-François Marchandise, délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing), auteur d’une étude sur le sujet, il n'y a pas UN type d'exclusion numérique mais de multiples facteurs d'exclusion numérique (isolement social, faible estime de soi, difficultés d'apprentissage...) et au contraire de nombreuses motivations à s'approprier les outils numériques, qui dépassent les caractéristiques telles que l'âge, le revenu...

La lutte contre ces inégalités numériques requiert donc d’abord un effort de compréhension. La première étape consiste à écouter les usagers, ce que s’appliquent à faire de nombreuses études actuellement.

L’exploration Capital Numérique, lancée cet été par le Lab Ouishare x Chronos, s’intéresse plus particulièrement aux quartiers prioritaires de la politique de la ville et aux rapports de leurs cinq millions d'habitants avec le numérique. Quelles pratiques numériques se cachent derrière le mythe de la fracture numérique ? Comment remettre les habitants des QPV au coeur des processus d’innovation et de design de services ? Comment faire du numérique un levier d’encapacitation individuelle et collective ?

Le projet rassemble des parties prenantes majeures du développement des quartiers et du numérique (ADEME, Agence du numérique, ANRU, CDC Habitat, Caisse des Dépôts, MAIF, Orange, Pôle Emploi, territoires d’Est Ensemble) pour traiter de ces questions et pour élaborer des réponses collectives en préfigurant des expérimentations de terrain.