Cimetières: îlots de fraîcheur urbains ?

A la récente montée des températures s'est adossée une large production d'articles étudiant les remèdes aux îlots de chaleur, zones où la température de surface ou de l’air est plus élevée en zone urbaine qu’en périphérie de la ville. Les grandes agglomérations prennent conscience de l’impact des modes d’urbanisation dans ce phénomène. Au delà des parcs et cours d'eau, et s'il était un espace sous-estimé : les cimetières ? Comment intégrer ces espaces très minéralisés dans les stratégies de rafraîchissement urbain ?

Avec la volonté de démontrer qu’un cimetière peut être un espace de nature, la ville de Niort inaugurait en 2014 un cimetière naturel: les arbres ont remplacé les monuments funéraires, de l’herbe a été plantée dans les allées et leur entretien se limite à une tonte une fois par mois. Labellisé « Refuge LPO » en 2018 pour la qualité de sa biodiversité, ce cimetière a probablement inspiré le futur espace funéraire écologique du cimetière d’Ivry qui appartient à la Ville de Paris. Ce dernier verra 1560m2 de sa surface aménagée « sous la forme d’un espace paysager, composé de prairies naturelles, et entretenu dans le respect de la biodiversité ».

Pour autant, la construction d’un crématorium au bord du Périphérique francilien à la Porte de la Villette montre que les cimetières naturels sont loin d’être la norme. De la même façon, les constructions de cimetières verticaux au Brésil, en Israël, en Inde, en Chine ou encore au Japon, qui permettent de répondre aux enjeux de saturation des cimetières, alimentent le recours à une urbanisation minérale, faite de matériaux énergivores, des pratiques qui ne permettent pas d’enrayer les phénomènes d’îlots de chaleur en ville.

Il faudrait pouvoir réduire les surfaces minéralisées, en limitant le recours à l’asphalte et au béton, favoriser le retour du végétal et désimperméabiliser les sols de la ville pour permettre le retour de l’eau et la restauration de la biodiversité. Regardons alors du côté du cimetière intercommunal des Joncherolles (Seine-Saint-denis) dont l’APUR pointait l’intérêt des sols perméables, aux couleurs claires et en gazon, qui ne stockent pas la chaleur accumulée en journée et qui permettent de favoriser le développement de la biodiversité, d’alimenter le substrat nécessaire à la vie des végétaux et de contribuer à lutter contre les pics de chaleur estivale.