Quand le cauchemar des congestions dans les métropoles du monde entier devient le thème d'un film

Le documentaire « Rush Hour » réalisée par Luciana Kaplan explore la réalité des « hypercommuters », ces habitants qui effectuent plusieurs heures de trajet domicile-travail. Aux détours de trois villes différentes que sont Mexico City, Los Angeles et Istanbul, la réalisatrice saisit alors l’universalité de cette mobilité qui s’avère subie et douloureuse.

Quelque soit le mode de transport emprunté, voiture ou transports en commun, c’est bien le temps consacré à cette mobilité qui conduit à un véritable désarroi. Exténués de ces heures de déplacement, stressés par les imprévus et épuisés par la récurrence quotidienne de ces trajets, ces individus confient leurs peines émotionnelles face à une mobilité contraignante et pourtant inévitable. 

Bien que les « hypercommutes » soient une problématique qui traversent les couches sociales, certaines populations en souffrent davantage. Aussi, les travailleurs aux faibles revenus et les femmes en sont les premières victimes. En effet, la gentrification et ses répercussions en terme de montée du prix du foncier inflige une double peine aux « petites mains » : celle de les éloigner des villes-centres alors même qu’ils dépendent de leurs bassins d’emplois. Concernant les femmes, le sentiment d’insécurité les guette davantage au cours de ces longs déplacements et leur rôle au sein du foyer les contraint à concilier travail, trajets et tâches domestiques dans un quotidien qui n’est, lui, pas extensible. 

Cette contrainte spatio-temporelle invite ainsi à repenser la configuration du travail autant que les proximités dans la ville. En effet, le déterminant contraignant est avant tout celui du travail et de sa dépendance géographique. A l’heure du numérique, le travail peut alors se penser au delà de son ancrage spatial : le recours au télétravail peut constituer une solution à des mobilités subies qui pourraient encore augmenter à l’avenir dans un contexte d’urbanisation et d’étalement urbain. Cependant, cette solution ne serait résoudre à elle seule cette problématique puisque le télétravail n’est pas toujours réalisable selon le type d’activités. En effet, les emplois des « petits-mains », tels que les services à la personne ou les métiers techniques, ne peuvent s’extraire de leur matérialité physique. Or, comme dit précédemment, ce sont ces mêmes travailleurs qui sont le plus souvent éloignés des villes-centres…

C’est donc la ville dans sa configuration même qui doit être repensée pour favoriser les proximités et apaiser les quotidiens à l'image de la « ville cohérente », conceptualisée par Jean-Pierre Orfeuil, Emre Korsu et Marie-Hélène Massot, qui consiste à repenser l’aménagement urbain de manière à ce que le trajet domicile-travail n’excède pas 30 minutes.