[VEILLE] Les plateformes numériques en Grand(s) Débat(s)

Alors que le traitement des quelque 1,9 million de contributions du Grand Débat a été rendu public, plusieurs questions se posent. Au delà des biais possibles du dispositif, comment espérer qu’il soit représentatif des attentes de la population, notamment en QPV ?

Dans son article “Le Grand Débat, bon biaisé de l’Elysée” le journal en ligne Les Jours pointe plusieurs problèmes. Outre le déroulement et la formulation des questions (parfois orientées, et bâties sur des présupposés qui ne font pas toujours consensus), l’article dénonce le faible espace consacré aux contributions écrites des citoyens, qui se présente sous la forme de questions ouvertes. Les contributions elles-mêmes sont à prendre avec des pincettes, comme le soulignait récemment Le Monde, car elles ne sont pas forcément  représentatives, peuvent être le terrain d’expression de groupes de pression, etc. C’est l'une des raisons pour lesquelles ce dispositif a été doublé de débats “hors ligne”. D’autre part, leur interprétation, confiée à des systèmes d’intelligence artificielle, pose question. Les linguistes Magali Guaresi et Damon Mayaffre soulignent les faiblesses de l'intelligence artificielle dans la compréhension du sens des contributions et les risques démocratiques que pose son analyse.

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En 2016, la Gazette des Communes consacrait un article à l’enquête "La démocratie participative et le Numérique" réalisée notamment  par le Secrétariat d’Etat chargé du Numérique et de l'Innovation. A l’occasion, son journaliste interrogeait Clément Mabi, enseignant-chercheur à l’UTC de Compiègne, qui décrivait "une aspiration à plus d’horizontalité dans la société". Or, "si les outils n’y répondent pas, les citoyens ne s’impliqueront pas.”.

Comment construire cette horizontalité en QPV ? Commençons par faire un détour hors des outils numériques. Nous vous renvoyons à la lecture du rapport produit par la Commission nationale du débat public sur les conseils citoyens, dispositif participatif obligatoire dans chaque quartier prioritaire. Ces conseils connaissent des limites qui “reproduisent des difficultés propres à la démocratie participative institutionnalisée” et  “plus particulièrement, souffrent d’une vision de la participation comme simple complément à la décision”.

Les préconisations de la Commission ? Généraliser le tirage au sort, la création de droits d’indemnisation, la pérennisation de budget et de locaux. En bref, donner au terrain les moyens de son action.

Une autre piste peut être de soigner l’architecture numérique des outils. Partant de cette idée selon laquelle un sondage simple limite les choix des répondants, les chercheurs Matthew Salganik et Karen Levy ont créé une enquête auto-évolutive appelée Wiki Survey. Les personnes interrogées ont le choix entre deux options et peuvent proposer leur propre idée, idée qui sera automatiquement intégrée à l’enquête, permettant aux autres utilisateurs de voter pour celle-ci.  

Ce type d’enquête a été utilisé en 2010 pour co-construire le plan de développement durable de la ville de New York. Parmi les dix principales options retenues, huit d’entres elles étaient issues des 464 idées citoyennes postées. A noter que le fait de voter pour des propositions et de classer les plus populaires fait partie des fonctionnalités de la plateforme créée par Cap Collectif. Cette fonctionnalité n'a pas été retenue dans le cadre du Grand débat.


Et à l'étranger ? 

The Guardian - The next billion users': Google targets India's lucrative mobile market

Alors que les marchés européen et américain arrivent à saturation, Facebook, Amazon ou encore Google se tournent vers d'autres opportunités... par exemple l'Inde qui représente un marché de bientôt 800 millions d'utilisateurs d'internet. Google y lancera prochainement Neighbourly, un réseau social de proximité, visant à répondre au besoin de s'orienter dans des métropoles toujours plus tentaculaires. 

Cette newsletter, rédigée par l'équipe du Lab Ouishare x Chronos, vise à informer et partager nos analyses aux partenaires de l'exploration Capital Numérique. Elle ne les engage pas, ni ne représente leur position.

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