[VEILLE] Les multiples promesses de l’entrepreneuriat numérique dans les QPV

Ce mois-ci, de nombreux articles se sont penchés sur l'entrepreneuriat, notamment numérique, dans les quartiers populaires, alors que le numérique est parfois présenté comme une chance pour l'emploi des habitants des QPV.

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Les Echos recensaient, au mois de décembre, plusieurs initiatives autour de l'entrepreneuriat numérique au sein des quartiers populaires. Certaines ont pour but de donner à voir le potentiel de tous les territoires : c’est le cas de Diversidays, créé en août 2018 par Anthony Babkine, dans le but d’encourager l'entrepreneuriat, par exemple dans des zones rurales. D’autres initiatives ont pour but d’attirer des entrepreneurs vers les épicentres de la French Tech, comme le Fighters Program, lancé en 2017 par Station F, un programme d’incubation à destination des entrepreneurs venant de zones moins favorisées (quartiers populaires, zones rurales).

Pour Idir Hamizi, Fondateur de Restautraiteur et membre du Réseau Entreprendre 93, interviewé par Les Echos en mars dernier, ces entrepreneurs issus de milieux populaires peuvent se faire une place dans la “French Tech”, car ils en maîtrisent les outils numériques (tablettes, smartphones) et seraient donc outillés pour entreprendre dans ce domaine. Par ailleurs, ils pourraient bénéficier de l'abolition de certains codes sociaux liés à la création d’entreprise, par exemple l'obligation de porter un costume. Un discours qu’on retrouvait déjà en 2013 dans le projet “Banlieues Numériques”. L'un de ses objectifs était de promouvoir le numérique, présenté comme un débouché professionnel dépourvu de barrière culturelle ou sociale, auprès de jeunes de quartiers populaires, perçus peu ou prou comme seulement “consommateurs” d’outils numériques.

Mais la “startup nation” n’est-elle pas régie par d’autres codes, moins visibles mais tout aussi importants ? Comme le Monde le rappelait en novembre dernier, le profil type du créateur d’entreprise “tech” reste celui d’un homme blanc très diplômé et venant d’un milieu plutôt aisé. Les entrepreneurs accompagnés par le Fighters program de Station F font figure d’exception dans l’incubateur et ont dû acquérir un vocabulaire et des codes spécifiques. Les premiers entretiens menées dans le cadre de l'exploration Capital Numérique font ressortir le manque de confiance en soi, ainsi que le fait de ne pas connaître (voire se reconnaître dans) le monde et le vocabulaire de l'entrepreneuriat comme autant de barrières entre les habitants des QPV et le monde de l'entrepreneuriat numérique. 

D’autre part, des difficultés plus “classiques” continuent à se présenter : au delà des freins psychologiques, on peut citer le préjugé selon lequel les premières levées de fond doivent être réinvesties entièrement dans l’entreprise, déqualifiant les personnes ne disposant pas d'aides ou d'économies suffisantes pour vivre. Les premiers investissements sont d'ailleurs majoritairement issus de fonds personnels. Idir Hamizi rappelle lui-même que, bien que la startup consiste à monter une entreprise vite et avec peu de moyens, les entrepreneurs des quartiers populaires sont tout de même défavorisés par le fait que leurs apports de départ sont plus faibles, ce qui signifie qu’ils auront moins de contrôle sur leur création par rapport aux investisseurs...

Cette actualité soulève d'autres questions : y-a-t-il une définition commune derrière le terme mélioratif "entrepreneuriat" ? Cela désigne-t-il la création d'entreprise en général ou d'un type d'entreprise ? Par ailleurs, est-ce que les "entrepreneurs·ses" en QPV ont attendu les institutions pour lancer des projets ? Qu'est ce qui se fait hors du radar des dispositifs existants ? Peut-on apprendre de ces projets pour en susciter d'autres ? 

 

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