[VEILLE] Le design, étape clé pour le numérique pour tou·te·s

joanna-kosinska-129039-unsplash.jpg

Ce mois, nous avons décidé de favoriser deux textes explorant l'impact des outils numériques (et de leur conception) sur les populations les plus fragiles. Sasha Costanza-Chock, chercheuse activiste en communication et design au MIT, part du constat selon lequel le design des outils numériques est un moment clé de reproduction de normes sociales et économiqueoppressives et offre une série de recommandations pour éviter cette reproduction. Réfléchir aux biais qui peuvent être contenus dans les jeux de données ou intégrés dans la conception des outils est un préalable pour prendre garde à ne pas les reproduire. La chercheuse préconise surtout, le recours systématique à des processus de démocratie participative pour le design des outils numériques. Y seraient incluses les personnes susceptibles d’être discriminées dans la conception de ces outils. 

Il y a un an, Virginia Eubanks avait également abordé ce sujet dans son livre Automating Inequality: How High-Tech Tools Profile, Police, and Punish the Poor. Elle décrit le développement, aux Etats-Unis, de l’automatisation de la protection sociale, qui a coïncidé avec un net recul du nombre de bénéficiaires des services sociaux, que de simples erreurs dans le remplissage des formulaires administratifs ou une omission de documents raient de la liste des personnes éligibles aux minima sociaux. On voit ici tout l’intérêt d’inclure les personnes concernées dans le design des services.

Le design, c'est également la méthode mobilisée pour l’aménagement d’espaces, par le CCAS de Villeurbanne, profitant de travaux de réaménagements pour réfléchir à l’impact de la conception de l’espace sur l’état d’esprit de ses visiteurs et sur la fréquentation. En utilisant des techniques de psychologie sociale, le CCAS a recueilli l’avis de plusieurs de ses usagers. Un effort particulier d'intelligibilité a été fourni, puisque le questionnaire administré par le CCAS a été traduit en neuf langues, afin de consulter l'ensemble des usagers. 

C'est en fait la participation (ou son absence) qui est clé dans ces différents projets, au-delà du design lui-même : dans quelle mesure les rapports de forces économiques et sociaux sont-ils pris en compte au moment de la conception des dispositifs ? Comment donne-t-on effectivement les moyens aux personnes concerné·e·s par les dispositifs de contribuer à leur conception ? - voir aussi l'article : Design as participation

 

Front Porch forum : une plateforme centrée sur les interactions 

Front Porch Forum est un réseau social communautaire dédié à la plupart des quartiers du Vermont. Avec environ 160 000 membres inscrits sur la plate-forme, les habitants du Vermont l'utilisent pour tout : emprunter des échelles, organiser le nettoyage des parcs, participer aux débats sur le budget local... S’il y a des publicités sur la plateforme, celles-ci ne sont pas ciblées en fonction des données de navigation des utilisateurs. De la même façon, le forum n’utilise pas de tactiques permettant de capter l’attention… mais plutôt à créer de l'interaction en dehors de la plateforme. Un modèle dont de nombreux réseaux sociaux pourraient s’inspirer.

 

Les événements suivis par l'équipe 

Le 15 janvier dernier se tenait à Paris un évènement sur l'entrepreneuriat dans les quartiers, organisé par la Maison des canaux et Positive Planet. Le Lab Ouishare x Chronos y était. Trois intervenant·e·s, trois idées-clés à retenir :

> Ninon Duval, directrice de Bond’innov, incubateur qui soutient l’innovation à fort impact économique et sociétal en Seine-Saint-Denis, a renversé la perspective sur "les périphéries". En Seine-Saint-Denis, le fait que l'écosystème de l'entrepreneuriat soit plus petit qu'à Paris, et que les porteurs de projets partagent souvent les mêmes valeurs, facilite selon elle la mise en relation entre porteurs de projets. 

> Moussa Camara, fondateur des Déterminés. Originaire de Cergy-Pontoise, il lance en 2015 l’association avec l’objectif de développer l’envie d’entreprendre dans des territoires isolés. Il explique que deux dimensions sont essentielles pour accompagner des porteurs de projet en QPV : 1/ la capacité des réseaux d'accompagnement à former et à donner accès à du réseau 2/ le fait de proposer des role models auxquels les jeunes puissent s'identifier. 

> Michel Coster, co-fondateur de Entrepreneurs dans la Ville, programme d’aide à la création d’entreprises qui s’adresse à des jeunes issus de quartiers prioritaires, remet en question l'impératif moral qu'on impose parfois aux porteurs de projets en QPV (selon lequel leurs projets devraient forcément être sociaux) ... ce qu'on ne demande pas toujours aux entrepreneurs·ses classiques !

Ce que retient le Lab : la complémentarité entre le pair à pair et l’hybridation des publics (mélange des milieux sociaux) dans l’accompagnement à l’entrepreneuriat.